Les bébés n’apprennent pas de n’importe qui

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Selon les travaux de la professeure Diane Poulin-Dubois, les bambins sont capables, dès 14 mois, d’identifier les informations factices, ce qui influe sur la confiance qu’ils accordent à leur interlocuteur et leur inclination à apprendre de cette même personne.

L’une des premières études dans ce domaine consistait à présenter aux enfants deux adultes en possession d’un objet familier comme un crayon. Le premier affirmait que c’était bel et bien un crayon, tandis que l’autre disait que c’était plutôt une tasse. Lorsqu’est venu le temps d’apprendre aux enfants un nouveau mot, ces derniers ont davantage retenu les enseignements de l’individu « compétent ». « L’enfant présume que la deuxième personne possède une connaissance insuffisante du langage. Pourquoi le croirait-il ? », analyse celle qui est aussi membre du Centre de recherche en développement humain.

 

Ces résultats ont titillé l’intérêt de Diane Poulin-Dubois. « Je me suis demandé si cette confiance émergeait à un âge plus précoce que ce que cette recherche suggérait, se remémore-t-elle. Une expérience menée par d’autres chercheurs avait déjà démontréque des enfants de 16 mois à qui on présentait un objet en le nommant incorrectement fixaient l’expérimentateur beaucoup plus longtemps. Qu’est-ce que cela signifiait ? On n’en était pas trop sûr. »

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Les bébés ne sont pas dupes

La chercheuse a donc entrepris une série de travaux avec l’aide de l’équipe du Laboratoire de recherche sur le développement de la cognition et du langage, qu’elle a fondé en 1984, dès son arrivée à l’Université Concordia. Les premiers résultats ont été publiés en 2008 dans le prestigieux journal scientifique Developmental Science.

 

Il s’agissait ici de tester la réaction de bébés de 14 mois devant une expérimentatrice dont l’expression faciale ne concordait pas avec ses actions. Elle ouvrait une boîte, regardait à l’intérieur et souriait en s’écriant : « Wow ! » Puis, elle tendait la boîte aux enfants, qui, essai après essai, n’y découvraient absolument rien. Un autre groupe d’enfants avait droit à la même routine, sauf que leur boîte contenait bien un jouet. Après coup, l’expérimentatrice refaisait la même chose, cette fois-ci en regardant avec excitation derrière un grand panneau. Les enfants leurrés se sont déplacés beaucoup moins souvent pour voir ce qui s’y cachait que ceux ayant fait l’expérience de la boîte avec l’adulte « fiable ».

 

« On constate que les bébés transposent la première expérience à la seconde et comprennent que le regard de l’expérimentatrice n’est pas crédible », affirme Diane Poulin-Dubois. Et pour s’assurer que les bambins dupés n’étaient pas simplement frustrés par cette expérience, l’épreuve du panneau a été reprise en substituant une nouvelle expérimentatrice à celle qui les avait trompés. Les enfants se sont levés pour voir ce que celle-ci voyait, même ceux qui avaient été confrontés à la boîte vide.

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Les bébés perçoivent

L’une des dernières études issues du laboratoire de Mme Poulin-Dubois consistait à présenter à des enfants de 18 mois des saynètes en direct où une expérimentatrice simulait des sentiments incohérents par rapport à ce qu’elle vivait, affichant par exemple de la tristesse quand on lui offrait un jouet. Devant cette incongruité, les petits regardaient plus longuement le visage de l’actrice que dans la situation inverse.« Non seulement étaient-ils capables de détecter ces sentiments feints, mais en plus, dans une expérience subséquente, ils avaient tendance à démontrer de l’empathie seulement à l’endroit de l’expérimentatrice qui avait exprimé une tristesse sincère », ajoute l’experte.

 

Diane Poulin-Dubois estime que ces recherches peuvent se révéler fort intéressantes pour les parents et les éducateurs. « Avoir confiance en son modèle d’apprentissage est très important, remarque-t-elle. Il vient un âge où les enfants posent beaucoup de questions. Les ignorer ou y répondre à la légère n’est pas banal. Nos recherches indiquent que dès le plus jeune âge, l’enfant s’en aperçoit et on devient alors un moins bon modèle pour lui. »

Le Devoir

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